LE STUC

Les techniques de stucage datent de l’antiquité. Les Grecs, puis les Romains, en firent grand usage. De très riches ornementations en stuc se retrouvent au Moyen-Orient et en Inde (4ème siècle av. J.C.).

 

Tombé dans l’oubli le stuc refit surface en Italie au milieu du 13ème siècle. Très vite, architecte et maître d’oeuvre développèrent les techniques de stucage comme élément fondamental de décoration.

 

Toujours à base de chaux, de plâtre ou de plâtre et chaux (la formule "antique" a peu évolué), le stuc vit son apogée au 18ème siècle avec l’époque baroque

 

Les stucs à la chaux

Les stucs à la chaux sont les plus anciens et plus particulièrement le marmorino. On en trouve encore sur des colonnes à Pompéi (1er siècle ap. J.C.).

 

Le but de ce somptueux enduit était d’imiter le marbre. Des "marbrures" ont parfois été peintes dans le stuc "a fresco" pour imiter un peu plus le véritable marbre. L’art du marmorino consiste à monter "à la cuillère" des motifs décoratifs épais de plusieurs centimètres à la façon du staff actuel.

 

Les autres stucs italiens se sont principalement développés au 16ème siècle. Le stuc de Mantoue, appelé également stuc Mantovano ou plus précisément stuc au couteau, est bizarrement introuvable… à Mantoue ! Cette technique est la seule à ne pas utiliser de charges minérales.

 

Le stucco grassello est véritablement une technique des artisans de Rome (appelé de ce fait stuc romain) et le stucco lustro est très lisse et fortement coloré. C’est le plus proche du Tadelakt marocain.

LE SGRAFFITO

Technique médiévale, le sgraffito (de l’italien "sgraffia" / gratter) est un travail de sculpture dans le mortier. Des ornementations en façade datant du début du siècle sont encore visibles. Largement utilisé dans les pays du Maghreb, et également dans les pays du nord (Pologne, Roumanie, Hongrie), le sgraffito est un véritable travail d’artiste.

 

Le mortier de chaux, facile à colorer et d’un temps de prise très long, convient tout à fait à ce type de travail. Les mortiers de terre et les terres de construction (technique de l’adobe) ont très souvent été sculptés (Maroc, Yémen).

 

Les enduits plâtre et chaux, plus "rapides", demandent une très bonne préparation du travail. Le principe est simple et peut se décliner de différentes façons. Un mortier coloré en masse est d’abord appliqué sur le mur, puis un second d’une couleur différent

 

La technique consiste à gratter le premier mortier suivant un motif précis pour laisser apparaître le mortier du dessous, créant ainsi un motif "en réserve". L’épaisseur du mortier final, du mortier à découper, est très importante car elle déterminera le jeu d’ombres et de lumières.

 

L’écart de coloration entre les deux mortiers n’est pas systématique. En effet vous pouvez uniquement jouer sur l’effet gravure sans rajouter un jeu de couleurs.

 

La différence de texture est par contre souvent très belle, car elle met en évidence le côté sculpté du motif. Le premier mortier peut être granuleux (par un rajout de sable) et le mortier final très lisse.

LA FRESQUE

Fresque… Ce mot évoque aujourd’hui quelque chose de grandiose, de monumental. À lui tout seul, il représente 20 siècles de peinture.

La fresque est totalement liée à l’histoire de l’architecture. C’est l’art mural par excellence. C’est par cette technique que les peintres vont bouleverser l’art de la peinture. Coincés par des représentations uniquement religieuses, les commandes d’état et de princes, les fresquistes vont imposer leurs visions totalement novatrices et créer des scandales

 

La fresque est une technique de peinture murale qui consiste à peindre sur un mortier pendant qu’il est encore humide - fresco signifie en italien, frais.

 

La matière première pour peindre "a fresco" se trouve dans la nature sous forme de pierres calcaires. La cuisson puis l’extinction va transformer ce minéral en poudres fines : la chaux.

 

Mélangée à du sable et à de l’eau, appliquée en plusieurs couches sur le mur, la chaux redeviendra pierre. Mais pendant ce processus, avant que la pierre ne redevienne pierre, avant qu’elle ne se referme, un peintre va appliquer son art. Juste du pigment et de l’eau.

 

La chimie est simple mais spectaculaire. Un pur moment de magie. Un moment précis où la couleur, mêlée à la transformation du minéral, va se fixer définitivement.

 

Les pigments appliqués sur le mortier frais ne sont pas, contrairement à l’idée reçue, absorbés en profondeur par celui-ci. Quand le mortier est posé sur le mur, il commence une lente carbonatation.

 

Une partie de l’eau chargée de chaux, va entrer dans le support et sceller le mortier au mur, une autre va sortir à la surface du mortier et former une pellicule. C’est en déposant du pigment dans ce glacis naturel que le mortier va fixer à jamais, par cristallisation, la couleur.

LE TADELAKT

Issu de la civilisation Maure et très présent à Marrakech, c’est le frère jumeau des stucs italiens et reste le must en enduit de chaux.

 

C’est le seul enduit de chaux qui peut être appliqué en sol et qui supporte des taux d’humidité considérables (hammam, intérieur de baignoire, douche, lavabo…). On peut voir encore, dans de très vieux Riyad de Marrakech, des sols en tadelakt datant de plusieurs siècles. Également utilisé en façade, le tadelakt se décline dans de très nombreuses gammes de couleurs.

 

Ce magnifique revêtement n’a été développé que dans la région de Marrakech pour une raison simple : la chaux extraite des carrières de la région est très particulière.


La chaux est colorée aux pigments puis étalée sur le mur à la truelle et immédiatement talochée à la taloche bois. L’épaisseur de l’enduit est d’environ 4 à 5 mm. Dès le début de la prise, le Mâalem resserre l’enduit avec la truelle, puis le lisse avec un bout de plastique découpé dans un seau.

 

Le maître artisan prépare alors son galet et, après un nouveau temps d’attente, polit l’enduit en frottant la surface de l’enduit en gestes circulaires. De par sa forme le galet a tendance à créer des écarts de charge et de ce fait donne des surfaces très peu planes. Cela fait partie du charme et de la beauté du tadelakt.

 

Le lendemain de l’application, le tadelakt sera frotté de nouveau au galet mais cette fois ci avec un savon noir largement dilué dans de l’eau.

 

Ce deuxième passage du galet va resserrer le mortier, faisant disparaître les micro fissures et lui donner sa dureté finale. Après un séchage complet de plusieurs semaines, une cire naturelle est appliquée et l’enduit est lustré au chiffon doux. Le tadelakt est beaucoup plus brillant une fois ciré.

 

Un grand nombre d’objets sont finis en tadelakt : vases, bols, cendriers, pieds de lampes…

LES PATINES

Le terme patine désigne différentes techniques décoratives à base de peintures, d’enduits et de différents matériaux dans le but de créer des effets décoratifs.

 

Les patines (à l’origine = vieillissement artificiel) se sont enrichies au fil des siècles. D’abord utilisées sur des matériaux bruts (bois, fer forgé…) et sur le mobilier, elles se déclinent de nos jours sur tous types de supports et en grandes surfaces murales.

 

Suivant les époques et les origines géographiques (patine gustavienne, vénitienne, orientale…) les patines apportent un style immédiatement reconnaissable.

 

Et le travail de la couleur est parfois très complexe. Une multitude de produits sont utilisés pour créer des effets décoratifs. Des produits très "modernes" mais aussi d’autres très anciens.

 

Toutes les créations sont possibles et la difficulté consiste souvent à garder impérativement en tête le côté reproductible indispensable à un effet décoratif (à moins de préparer une exposition artistique !).

 

Quand la chimie (l’alchimie) de tous les produits est complètement assimilée, le stucateur peut véritablement répondre à toutes les demandes de ses clients.

LES ENDUITS DECORATIFS

Pour un peintre en bâtiment, la définition d’un enduit est celle-ci : pâte "garnissante" destinée à reprendre la planimétrie des murs et à lisser la surface pour recevoir la peinture.

 

Pour un stucateur, la définition est toute autre. Il s’agit bien de décorer avec une pâte, la plupart du temps minérale. Et la fonction "historique" de l’enduit est bien cette dernière. Protéger les maçonneries tout en apportant un aspect décoratif.

 

Et c’est pour cela que l’on peut dire sans se tromper que le rôle décoratif de l’enduit date des débuts de la construction (enduit de terre) bien avant l’Antiquité. Et la chaux est la reine.

 

Car avec un sac de chaux, on construit, on enduit, on décore, on stuque et on peint. Le plâtre vient juste derrière avec également les plâtre et chaux.

 

La terre est également un matériau très riche. Toutes les plus belles réalisations architecturales sur la planète terre ont été faites avec ces matériaux. Avec comme base ces trois liants (plâtre, chaux, terre), des centaines de finitions décoratives s’ouvrent à vous.

 

Les techniques dites "traditionnelles" bien évidemment, mais aussi toutes les créations, toutes les adaptations possibles.

 

Car de tout temps, les artisans ont "adapté" et modifiés les principes appris pour obtenir de nouvelles textures. Et c’est toute la richesse du métier de stucateur. Où l’artisanat devient un art.

LES MATERIAUX ET DECORATION NATURELS

Qu’est-ce qu’un matériau naturel ?

 

C’est un matériau qui, à tous les stades (fabrication, mise en œuvre, vieillissement, destruction), se comportera le mieux possible par rapport aux critères environnementaux.

 

Et dans la décoration en général, il y a encore trop de produits dangereux. L’industrie a souvent ignoré ces "détails". Les intoxications dues aux peintures (glycéro pour ne pas les nommer) sont toujours d’actualité chez les professionnels aussi bien que chez les "clients".

 

Un intérieur fraîchement repeint est souvent éminemment toxique. Les récentes études concernant les C.O.V. (composant organique volatile) dégagés par les produits décoratifs font froid dans le dos.

L’intérieur d’une maison peut être pollué pendant 2 à 3 ans après l’application.

 

La décoration naturelle se fait avec des enduits de terre (terre et chaux, plâtre et terre…) et des peintures réellement "saines" (caséine, chaux, silicate…).